bonne lecture !
Histoires de mots

Un cueille-souris nommé Pangur


Voici les premiers vers d’un poème écrit dans la marge d’un manuscrit, au VIIIe ou IXe siècle, par un moine irlandais anonyme :

« Moi et Pangur blanc mon chat
Nous avons une tâche semblable.
La chasse aux souris est son délice,
À la chasse aux mots je me livre toute la nuit. »

Ce poème a une particularité : il est l’un des plus anciens textes écrits à témoigner de la relation affective qui pouvait se nouer entre l’être humain et le chat au Moyen Âge.

À cette époque en effet, les animaux avaient surtout une vocation utilitaire. La tâche assignée aux chats était de protéger le grain en tuant les souris… et aussi de fournir des peaux pour l’hiver, ça, c’est moins drôle pour eux.

Au Moyen Âge, le chat était désigné par le mot d’origine latine cattus dans les proverbes, la littérature satirique et le vocabulaire technique, mais il était associé à mus (souris) dans les grammaires et les lexiques : on l’a ainsi appelé musio tout simplement, murilegus (cueille-souris), muriceps (prend-souris), voire muscipulum (souricière), ce dernier mot étant aussi utilisé pour désigner l’objet fabriqué. La proximité alphabétique du chat et de la souris pouvait donner lieu à de jolies illustrations dans les bestiaires : le chat était représenté en train de bondir hors de son texte vers celui de sa proie.

Immanquablement, dans un monde peuplé de « souricières vivantes », la « souris libre » est devenue symbole d’impunité. Notre « quand le chat n’est pas là, les souris dansent » remonte à loin. On en trouve déjà des traces au XIe siècle : « Pendant que le chat n’est pas là, on voit la souris courir. » Dans d’autres versions du proverbe, les souris mènent des chœurs, font la guerre ou portent le sceptre. Enfin, certaines versions préfèrent insister sur ce que la souris ne fait pas quand le chat est là, pour preuve cet exemple : « Quand le chat défèque, jamais la souris ne lui court sur la gueule. »

Et je conclus mon billet par la fin du poème irlandais :

« Dans nos arts nous trouvons notre bonheur,
J’ai le mien et lui le sien.
Une pratique quotidienne a rendu
Pangur parfait dans son métier ;
Je cherche la sagesse jour et nuit
Faisant de l’obscurité, lumière. »

Sources : Bobis Laurence, Une histoire du chat, de l’antiquité à nos jours, Seuil (Points), 2006. Le texte original du poème Messe ocus Pangur bán en vieil irlandais est consultable sur le site de l’université de Cork. La version française de Laurence Bobis est une traduction de la version anglaise de Robin Flower.

Publicités

Discussion

Une réflexion sur “Un cueille-souris nommé Pangur

  1. Vive le retour du billet érudit, je lui souhaite longue vie !

    Publié par Cécile Le Bourdon | 31 mai 2010, 10:27

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrez votre adresse e-mail pour recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

Rejoignez 135 autres abonnés

Archives

%d blogueurs aiment cette page :